Enceinte et confinée : témoignage de Nathalie

J’ai su que j’étais enceinte moins d’une semaine avant le début officiel du confinement.

Évidemment, cette pandémie que je prenais un peu à la légère est subitement devenue une peur de chaque instant. Notre fille et moi sommes restées strictement confinées, mais ma femme, qui travaille dans une enseigne de produits bio, ne pouvait pas se le permettre. Les premiers temps, quand elle partait travailler, j’en pleurais. J’avais peur pour elle, j’avais peur pour notre fille de 22 mois. Mais, égoïstement, j’avais surtout peur pour ce petit être qui commençait tout juste à vivre en moi…

Ça faisait 25 ans que je rêvais d’être enceinte et un virus risquait de me voler ce rêve.

J’ai commencé à prendre ma température 5, 6, 10 fois par jour. Et puis un jour, j’ai commencé à avoir mal à la gorge. Le lendemain j’avais un peu de fièvre. Le cauchemar se mettait en place lentement. Heureusement, la fièvre est restée très modérée et je répondais parfaitement au paracétamol. Malgré tout, j’ai dû faire un petit passage aux urgences, car la toux devenait violente et j’avais peur (à tort) que cela puisse provoquer un décollement du placenta.

Bizarrement c’est en faisant la route pour me rendre seule aux urgences que j’ai réalisé que le confinement me pesait plus que je ne voulais bien le croire. Cette demi-heure au volant de la voiture, sous un soleil radieux, était grisante. J’avais l’impression à la fois de revivre et de faire quelque chose de subversif. Je ne pensais pas à la cause de ce trajet. Les jours suivants se sont succédés entre fatigue, toux, crainte et espoir. Puis, quelques jours avant la date de mon 1er rendez-vous avec ma gynécologue, j’ai reçu un appel. C’était ma gynécologue qui voulait savoir si je souhaitais annuler notre rendez-vous. Je ne pouvais pas imaginer annuler car j’avais vraiment besoin de voir le cœur de mon bébé battre pour être rassurée. Pourtant j’ai eu le sentiment d’être horriblement égoïste. Même si le test de dépistage du Covid-19 me disait négative, j’avais trop de symptômes pour que ça soit réellement le cas. Je me suis rassurée en me disant que j’étais à plus de 15 jours des premiers symptômes et j’ai porté un masque pour ne prendre aucun risque.

Evidemment, comme toutes les femmes enceintes en ce moment, j’ai dû me rendre à cette 1ère écho seule.

Même si je suis plutôt du genre à relativiser, j’avoue que ça a été un peu difficile à vivre. Être seule face à cet écran. Je n’arrivais pas à réaliser que c’était bien mon bébé. Avec mon téléphone, j’ai fait un film du moment où l’on entend le cœur battre, mais là encore j’avais l’impression que rien n’était réel.

Une fois rentrée à la maison, nous avons visionné la vidéo plusieurs fois et là, c’est enfin devenu concret. Comme s’il fallait que je partage ce moment avec ma femme pour comprendre que oui, j’avais bien une petite crevette qui grandissait dans le ventre. Le lendemain, j’ai perdu un petit peu de sang. Dans n’importe quelle autre circonstance j’aurais pris ma fille sous le bras et j’aurais couru aux urgences mais là c’était prendre le risque d’exposer ma fille et je ne pouvais pas faire ça. Je me suis donc posée 5 minutes et j’ai réfléchi. Vérification faites, j’étais à la date exacte de mes règles supposées (date à laquelle je les aurais eu si je n’avais pas été enceinte évidement) et toutes les femmes de ma famille (comme un tiers des femmes environ) ayant eu des saignements au 1er trimestre, il aurait été étonnant que j’y échappe. J’ai donc attendu le retour de ma femme en me surveillant régulièrement, avant de prendre une décision. Comme les saignements n’ont pas continués, j’ai renoncé à aller aux urgences (ce que je n’aurais jamais fait sans ce satané virus).

Depuis, petit à petit, le quotidien a repris le dessus. Bébé a tenu à me faire savoir qu’elle/il allait bien en m’envoyant des nausées carabinées et une fatigue permanente (merci bébé c’est trop gentil de rassurer maman mais si tu pouvais mettre sur pause quand je dois changer les couches de ta grande sœur ça m’arrangerait !). Je suis un peu frustrée de ne pas pouvoir aller faire de longues promenades dans la nature mais nous avons un jardin donc je sais que je suis plutôt privilégiée. J’attends, avec une certaine inquiétude, de savoir si ma femme pourra venir avec moi à la prochaine échographie prévue le 7 mai.

Sinon, comme presque tous les jours depuis le transfert d’embryon (j’ai bien dis « presque »…) je suis simplement heureuse de ce miracle en moi et je suis confiante en l’avenir.

J’attends avec impatience la fin du confinement pour aller manger une glace en bord de mer avec ma femme et ma fille. En attendant je reste confinée et je profite des 1ères fraises que ma femme me rapporte amoureusement de son travail.

Article réalisé par Girexx